L'essentiel
- Les degrés-heures (DH) sont l'indicateur de confort d'été de la RE2020 : ils cumulent, heure par heure, les dépassements d'une température de confort pendant une séquence caniculaire simulée.
- Selon le Cerema, en dessous de 350 °C.h le bâtiment est réglementaire sans pénalité, et au-delà d'un seuil haut (1 250 °C.h pour une maison individuelle en catégorie 1) il n'est pas réglementaire.
- L'indicateur ne s'applique qu'aux constructions neuves, mais sa logique éclaire l'analyse du bâti existant face aux canicules.
Les degrés-heures (DH) sont l’indicateur de confort d’été de la RE2020 : ils cumulent, heure par heure, les dépassements d’une température de confort pendant une année simulée qui comprend une canicule. Ils ne s’appliquent qu’aux constructions neuves, mais leur logique dit beaucoup de ce qu’il faut regarder dans un bâtiment existant.
La réglementation environnementale RE2020 a remplacé la RT2012 pour les constructions neuves. Elle s’applique aux logements depuis le 1er janvier 2022, puis aux bureaux et aux bâtiments d’enseignement primaire et secondaire depuis le 1er juillet 2022 (décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021 et arrêté du 4 août 2021). Parmi ses nouveautés, l’une concerne directement le confort d’été : l’indicateur des degrés-heures d’inconfort.
Pourquoi un nouvel indicateur.
La RT2012 évaluait le confort d’été avec une température intérieure conventionnelle, la Tic, comparée à une valeur de référence. Comme l’explique le Cerema dans ses supports de présentation de la RE2020, cet indicateur a été abandonné au profit des degrés-heures, avec trois objectifs : mieux représenter l’inconfort réellement ressenti, imposer la prise en compte d’un climat futur plus chaud grâce à une séquence caniculaire, et inciter aux solutions passives pour éviter ou retarder l’installation de climatiseurs après la livraison.
Comment se calculent les degrés-heures.
Le principe est celui d’un compteur. Pour chaque heure d’occupation de l’année simulée, on compare la température ressentie par les occupants (la température opérative, qui tient compte de l’air et des parois) à une température de confort. Si la température ressentie dépasse ce seuil, on note l’écart. Si elle reste en dessous, on ne compte rien. La somme de tous ces écarts sur l’année donne le total de degrés-heures, exprimé en °C.h.
Ainsi, une heure à deux degrés au-dessus du seuil compte autant que deux heures à un degré au-dessus. L’indicateur intègre donc à la fois la durée et l’intensité de l’inconfort. Selon le Cerema, seules les heures d’occupation du bâtiment sont prises en compte.
Une température de confort adaptative.
Le seuil de confort n’est pas fixe. D’après le Cerema, il est de 26 °C la nuit et varie entre 26 et 28 °C le jour. La valeur de jour dépend des températures des jours précédents : c’est la logique du confort adaptatif, selon laquelle les occupants tolèrent mieux une température élevée quand il fait chaud depuis plusieurs jours, parce qu’ils s’habillent et se comportent en conséquence. La nuit, en revanche, le seuil ne s’adapte pas : il reste à 26 °C, car le repos exige un environnement plus frais.
Une canicule intégrée à la simulation.
La grande nouveauté tient au climat utilisé. Pour le calcul des degrés-heures, une séquence caniculaire est insérée dans le scénario météo conventionnel. Le Cerema précise qu’il s’agit d’un épisode de référence de type 2003, avec des températures extrêmes situées entre le 1er et le 15 août, sur une période allant de la mi-juillet à la fin août.
Ce choix n’est pas anodin. La vague de chaleur d’août 2003 a été, selon Santé publique France, à l’origine d’environ 14 800 décès en excès entre le 1er et le 20 août. Concevoir les bâtiments neufs pour qu’ils restent supportables dans de telles conditions est une façon de les préparer aux étés à venir.
Les seuils à retenir.
Le total de degrés-heures est comparé à deux seuils, présentés ainsi par le Cerema.
- En dessous de 350 °C.h, le bâtiment est réglementaire et ne subit aucune pénalité.
- Entre 350 °C.h et le seuil haut (DH_max), le bâtiment respecte l’exigence, mais un forfait de consommation de froid est ajouté à ses indicateurs de consommation d’énergie. C’est une pénalité destinée à inciter au travail sur la conception et les leviers passifs.
- Au-delà de DH_max, le bâtiment n’est pas réglementaire : l’inconfort est jugé excessif.
Le seuil haut n’est pas unique. Il varie selon l’usage du bâtiment et sa catégorie de contrainte extérieure (zone climatique, altitude, exposition au bruit). Pour une maison individuelle, le Cerema indique un DH_max de 1 250 °C.h en catégorie 1 et de 1 850 °C.h en catégorie 2. Pour les logements collectifs, la valeur est modulée selon la surface moyenne des logements et vaut 1 250 °C.h en catégorie 1 hors parties climatisées. Les bureaux et les bâtiments d’enseignement ont leurs propres seuils, fixés par catégorie dans les textes d’application.
Pour donner un ordre de grandeur, le Cerema explique que 1 250 °C.h équivalent à une température maintenue environ 2 °C au-dessus du seuil de confort pendant cinq semaines.
Enfin, un point souvent mal compris : pour un bâtiment climatisé, les degrés-heures sont calculés en désactivant la climatisation. La réglementation vérifie donc que le bâtiment reste supportable par sa seule conception.
Ce que cela dit du bâti existant.
L’exigence de degrés-heures ne concerne pas les bâtiments existants. Une école des années 1970 ou une mairie ancienne n’ont pas à justifier d’un total de DH. Pourtant, la démarche de la RE2020 apporte trois enseignements utiles pour l’existant.
Le climat de référence a changé. Un bâtiment doit désormais être pensé pour une canicule de type 2003, et non pour un été moyen. La trajectoire de réchauffement de référence retenue par l’État (TRACC) prévoit d’ailleurs pour la France hexagonale +2,7 °C en 2050 par rapport à l’ère préindustrielle.
Le confort se mesure dans la durée. Une pointe à 30 °C pendant une heure n’a pas le même effet qu’une semaine à 28 °C sans répit la nuit. C’est pourquoi la capacité d’un bâtiment à se rafraîchir la nuit compte autant que sa résistance au soleil de la journée.
La conception passive passe avant le froid. En calculant l’indicateur sans climatisation, la réglementation affirme une priorité : protections solaires, inertie, ventilation nocturne et isolation de la toiture d’abord. C’est exactement la hiérarchie que nous appliquons dans l’existant, détaillée dans notre article sur les solutions pour rafraîchir un bâtiment sans climatisation.
Pour aller plus loin.
Les degrés-heures sont un outil de conception pour le neuf. Pour un bâtiment existant, l’enjeu est d’identifier les causes concrètes de la surchauffe et de classer les actions possibles. C’est l’objet de notre audit de confort d’été. Pour comprendre les mécanismes en jeu, lisez aussi notre article sur le confort d’été d’un bâtiment et celui sur la surchauffe d’un bâtiment, ses causes et ses solutions.
Sources : Cerema, « RE 2020, en route vers la future réglementation ! » (présentation du 3 décembre 2021) ; Cerema, présentation des règles françaises sur la surchauffe pour l’IEA EBC (avril 2026) ; décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021 et arrêté du 4 août 2021 (Légifrance) ; Santé publique France ; ministère de la Transition écologique (TRACC).




